Casse-toi, 2011

Ce que je retiendrais de l'année passée, en quelques paragraphes.

(Photo: Nuts Fest, Olympia, 10.11) 

Niveau concerts, No Statik, à Gilman Street, ont effectué le meilleur set que j'ai vu de l'année. Inservibles, Périphérique Est et Télécommande nous ont fourni en deux jours une dose de punk-rock suffisamment corsée pour palier au sentiment de manque pendant deux mois. Les sets de Crosta, au RNR Vengeance, et de Pink Reason, à Grrnd Zero, m'ont hypnotisé. Kitchen's Floor, à SF, ne s'en sont pas mal sorti non plus. A Olympia, le Nuts Fest a été épique; Christian Mistress, Hysterics, Broken Water et White Wards m'ont tous plus ou moins cloué au mur.

Niveau disques, l'Australie s'est encore une fois démarquée en beauté. L'album de Royal Headache a conquis tous ceux qui ont daigné l'écouter, tout comme celui de Total Control. Celui de Kitchen's Floor a fait moins de bruit, mais reste mon troisième choix de l'année pour un pays qui n'en finit pas de surprendre. Mentions "bien" pour NOTV, Woolen Kits, UV Race, True Radical Miracle, et le split Slug Guts/ Pimitive Calculators. 

La ville de New York a confirmé son emprise sur le raw punk actuel, remettant le style au goût du jour avec des groupes jeunes, sauvages, malsains. Crazy Spirit, Hank Wood & The Hammerheads, et Perdition ont tous sorti des skeuds incontournables sur Toxic State Records.

A Cleveland, le taux de mongolitude s'est encore élevé d'un cran avec de traumatisants nouveaux 12" de Folded Shirt et des bien-nommés Homostupids.

D'autres disques marquants, en vrac: Avons Ladies EP, Void sessions 81-83 Lp, Tyvek (le pressage vinyle de Fast Metabolism), Morbo Lp, Périphérique Est Ep, La Terminal Ep, Obediencia Ep, Puffy Areolas Ep. 

A Lyon, Veuve SS m'a fait me poser quelques questions; je n'ai toujours pas de réponse définitive, mais j'apprécie la stimulation. Une nouvelle vague de groupes a effectué de bons concerts, en particulier Placard, La Course à La Mort, Morse, et Alligator. La démo de ces dernières a semblé mettre tout le monde d'accord; les autres sortiront des enregistrements en 2012. Les Lost Boys se sont mis à chanter en français. Moms On Meth ont bouffé quelques bornes et enregistré des morceaux en fin d'année; Noizemahker/ Sarkofacho/ Morgane Desbeet s'est tout simplement envolé, multipliant déplacements, tournées, performances, et sorties de disques. Télécommande ont sorti un excellent premier Ep. La légende de Coche Bomba s'est dotée d'un nouveau chapitre sous forme de tournée marathon en Asie du Sud-Est. La Luttine s'est remuée le cul pour proposer autre chose que de la glande sur le désormais mythique banc-vache: projections, expos, repas divers. Grrnd Zero a été contraint d'arrêter les concerts, laissant comme un trou béant dans l'underground local.



Niveau France, la démo de Taulard a tourné en boucle, annoncant de beaux jours pour un renouveau musical non-sponsorisé par Shakespeare & Mickey. La cassette de Noir Boy George et le CDr de Seasick Six étaient aussi de belles surprises. Le festival Taenia Solium, aux alentours de Grenoble, m'a réconcilié avec une certaine vision du punk; le squat Polloti a aussi été une source de bons moments. Gasmask Terrör ont réussi le genre de coup qu'on racontera, puis déformera au fur et à mesure des années, par la longue tradition d'histoire orale du punk: tourner au Japon juste après une catastrophe nucléaire. Sorti en fin d'année, le Lp de Warning/ Warning est une réussite réconciliant cadre strict et liberté d'exécution. Toujours à Bordeaux, le Ep de Face Up To It! marche lui aussi très bien. Deux très bon fanzines sont nés: Brutal Reality, et Sex Before Suicide; la démo de Loud Girls, dans lesquels joue le rédacteur du premier, ainsi que celle de Night Stalkers (avec le rédacteur du deuxième, si je ne me trompe pas), valent toutes deux le détour. Le HC hexagonal semble se porter mieux que jamais: Youth Avoiders, Anxiety Attack, Haute Couture, Gorilla Gripping, Idiot Talk, Peur Panique, ne sont que quelques uns des jeunes groupes à avoir sorti des enregistrements soignés, qui valent que les fans du style se penchent sur eux (sans parler de mes préférences personnelles, allant plus à certains qu'à d'autres). Niveau labels, Shogun Records a continué de s'imposer comme une vraie référence nationale.

Au cinéma, j'ai beaucoup aimé Melancholia, Drive, et Tintin en 3D (cherchez l'intrus.)
Niveau série, ça aura été Breaking Bad, et c'est tout.
Pour ce qui est de lecture, Limonov, d'Emmanuel Carrère, est mon livre de l'année. Dans un tout autre registre, Making A Scene, receuil de photos de la scène NYHC des années 80, contient de superbes instantanés; C'est la Guerre, de Byron Coley, est à ranger aux côtés des ouvrages de Bangs et Meltzer. Les autres livres qui m'ont passioné ne datent pas de cette année, mais je ne peux m'empêcher de citer Contre le Monde, Contre la Vie (Michel Houellebecq), Just Kids (Patti Smith), et If You Want To Write (Brenda Ueland).
Pour les fanzines, peu de naissances traumatisantes, mais d'excellents nouveaux numéros de Counterfeit Garbage, Distort, Negative Guest List, et Cometbus.

Niveau actualités, entre la catastrophe nucléaire de Fukushima, le printemps Arabe, les émeutes en Angleterre, Occupy Wall Street/ Les Indignés un peu partout, les bourses qui continuent de s'effondrer, les températures qui grimpent, les expulsions (Roms, étudiants étrangers, etc) massives en France, les scandales politiques, l'Europe en train de se voir infliger la "stratégie du choc" néo-libérale (comme l'avait appelé Naomi Klein dans son livre du même nom), les divers tremblements de terre, tsunamis, guerres, les exécutions sans procès de Ben Laden et Kaddhafi, un nombre record de journalistes tués, et j'en passe, on ne peut s'empêcher d'être légèrement perplexes à la lecture de cet article du Guardian à propos d'un type qui affirme que la situation du monde ne fait que s'améliorer.

Sur ce, joyeux 2012 à tous et toutes, et rendez vous en 2013 pour un nouveau bilan.


(Photo: SF, 10.11)